mardi 2 novembre 2010

Au joli Père-Lachaise

Pas si glauque le cimetière des illustres. Pas si glauque. Pas si macabre. Pas tellement obscurci par la mort. Pas l’air d’un cimetière. Pas l’air d’un amas de tombes.
Tout est au contraire bien tenu, bien organisé, plein de vie, plein de lumière vive. Luxuriante verdure, foisonnante vie qui jaillit de la terre. Pierres garnies de couleurs, garnies de tous ces pots de fleurs qui manifestent les marques d’attention des vivants. On les respecte les morts, on les choie. On leur fait savoir qu’on est toujours là.
Des vivants touristes venus du bout du monde, des vivants mélancoliques, des vivants arpenteurs de macadam, des vivants qui sont biens peu importe où ils se trouvent, des vivants qui viennent se ressourcer, des vivants, des vies vides qui raccordent ici le fil de leur vie. On cherche le réconfort de ces morts que, d’une manière ou d’une autre, on a cru connaître. On cherche à être là comme signifier que, nous, on est en vie.
Epitaphes laconiques, sarcastiques, héroïques, folkloriques, poétiques, triviales. On pense faire original mais on n’a jamais vraiment pensé à ce qu’on laisserait de nous. Une phrase, une trace, une flamme glacée par le fouet du vent, une parcelle d’une vie qu’on a cru différente de celle des autres.
On est tous pareils, des mortels qui croient laisser une part d’eux à l’éternité. On n’a pas forcément tort. Les rêves prolongent la vie. Les rêves sont la nature humaine.
Apollinaire, Proust, je n’ai retenu qu’eux car je ne suis passée qu’une seule fois. Ça prend du temps de leur rendre visite, de les entourer de notre présence, de les lire, de les visiter vraiment. Il faut y revenir, il faut accepter de s’y perdre. C’est long, c’est fastidieux. Mais qui papillonne se laisse vite gagner par la gaité. C’est un beau voyage dans la mémoire vivifiante de Paris. Ce n’est pas son cœur, c’est sa colonne vertébrale.

Au Cimetière du Père-Lachaise. Bonne visite (guidée sur http://www.pere-lachaise.com/).



Enfance

Ce matin, j’étais sur le chemin pour l’école. Ecouteurs sur les oreilles, absorbée, absorbée par la route, absorbée par la monotonie de cette route.
Quand tout d’un coup, j’ai vu cette troupe. Une troupe de têtes blondes. Vraiment blondes, blondes comme on en rêve. Blondeur chatoyante du soleil et des teints rosés plein de fraicheur, indicateurs de bonne santé. A se demander ce qu’ils peuvent manger ces enfants, ce qu’ils peuvent bien manger pour avoir l’air d’être en si bonne santé. Ces dents, ces sourires radieux, ces dents si blanches, si immaculées. Ce ton, ce ton de voix, si chaud, si velouté et puis, la froideur, la froideur de ce physique, si blond, si uniforme dans sa beauté.
Il y avait le père, figure centrale, ce père si reconnaissable d’entre tous. Avec son costume, avec son costume gris et ses cheveux châtains. Plutôt petit, plutôt trapu, plutôt compact. Bien ancré dans le sol, bien inscrit dans son rôle de père. Au bout de chacune de ses mains, il y avait ses deux fils, ces deux têtes blondes. Derrière eux, suivait la fille. Deux fils qui encadraient leur père, l’un plus jeune, à la bouille fripouille, l’air mutin, poupon, l’autre, plus âgé, plus élancé, a la gravité du cygne, a le rire de l’enfance. Et puis, le petit s’écarte du père, il se place derrière. Devant, il n’y a plus qu’Edouard et son père. Papa en costume et fiston à la dégaine d’un enfant de 8 ans. Edouard, son bermuda, sa chemisette impeccablement repassée, son gros cartable rouge vissé au dos.
Dégaine d’une famille au nom à particule. Dégaine d’une famille qui respire l’amour. C’est toujours touchant un père qui tient ses fils par la main. C’est vrai, il y avait la fille reléguée derrière, il y avait qui la fille qui comptait pour du beurre. On devinait qu’elle n’avait pas vraiment sa place, on devinait que maman était de celles qui restent au foyer. Et pourtant, c’était touchant de voir Edouard arriver à l’école, fier, altier, convaincu que rien ne peut l’atteindre. Y a papa, y a papa avec moi.
Pour finir, il y a eu les tendres embrassades, les petits nez en trompettes qui se sont effleurés. On s’est souhaité une bonne journée, on est reparti chacun de notre côté. C’était papa, c’était papa qui m’emmenait à l’école.

J’ai oublié de vous dire, Edouard est un élève de ma classe.

La Tour des Poissons à Courbevoie

Dernier jour d'école

Chez Marie-Lyne