mardi 2 novembre 2010

Enfance

Ce matin, j’étais sur le chemin pour l’école. Ecouteurs sur les oreilles, absorbée, absorbée par la route, absorbée par la monotonie de cette route.
Quand tout d’un coup, j’ai vu cette troupe. Une troupe de têtes blondes. Vraiment blondes, blondes comme on en rêve. Blondeur chatoyante du soleil et des teints rosés plein de fraicheur, indicateurs de bonne santé. A se demander ce qu’ils peuvent manger ces enfants, ce qu’ils peuvent bien manger pour avoir l’air d’être en si bonne santé. Ces dents, ces sourires radieux, ces dents si blanches, si immaculées. Ce ton, ce ton de voix, si chaud, si velouté et puis, la froideur, la froideur de ce physique, si blond, si uniforme dans sa beauté.
Il y avait le père, figure centrale, ce père si reconnaissable d’entre tous. Avec son costume, avec son costume gris et ses cheveux châtains. Plutôt petit, plutôt trapu, plutôt compact. Bien ancré dans le sol, bien inscrit dans son rôle de père. Au bout de chacune de ses mains, il y avait ses deux fils, ces deux têtes blondes. Derrière eux, suivait la fille. Deux fils qui encadraient leur père, l’un plus jeune, à la bouille fripouille, l’air mutin, poupon, l’autre, plus âgé, plus élancé, a la gravité du cygne, a le rire de l’enfance. Et puis, le petit s’écarte du père, il se place derrière. Devant, il n’y a plus qu’Edouard et son père. Papa en costume et fiston à la dégaine d’un enfant de 8 ans. Edouard, son bermuda, sa chemisette impeccablement repassée, son gros cartable rouge vissé au dos.
Dégaine d’une famille au nom à particule. Dégaine d’une famille qui respire l’amour. C’est toujours touchant un père qui tient ses fils par la main. C’est vrai, il y avait la fille reléguée derrière, il y avait qui la fille qui comptait pour du beurre. On devinait qu’elle n’avait pas vraiment sa place, on devinait que maman était de celles qui restent au foyer. Et pourtant, c’était touchant de voir Edouard arriver à l’école, fier, altier, convaincu que rien ne peut l’atteindre. Y a papa, y a papa avec moi.
Pour finir, il y a eu les tendres embrassades, les petits nez en trompettes qui se sont effleurés. On s’est souhaité une bonne journée, on est reparti chacun de notre côté. C’était papa, c’était papa qui m’emmenait à l’école.

J’ai oublié de vous dire, Edouard est un élève de ma classe.

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